De quelles sources Moïse se servit-il pour compiler la Genèse?

 

La Genèse fait partie du Pentateuque (les cinq premiers livres de la Bible). Or, le Pentateuque est souvent appelé «le livre de la loi», et il est attribué à Moïse par les rédacteurs des Écritures grecques chrétiennes. Il s'ensuit que Moïse a rédigé la Genèse (II Tim 3:16; Josué 8:34).

 

Où Moïse puisa-t-il ses renseignements?

Cette idée est peut-être nouvelle pour beaucoup de personnes. Les Écritures montrent que Dieu est L’ENSEIGNANT par excellence, mais il s’attend également à ce que ses serviteurs choisis utilisent ce qu’ils ont à leur disposition. Dans ce cas, il les guide dans le choix des matériaux à inclure dans leur rédaction. Pour rédiger la Genèse, Moïse puisa dans des sources écrites anciennes, et les points d’ombres ont sans aucun doute été l’objet de révélations ou de discussions (voir le cas d’Abraham avec les anges, en Genèse chapitre 19; ainsi que les deux premiers chapitres du livre de Habaqouq qui renferment un dialogue entre Yahwah et l’écrivain, et aussi 2 Corinthiens 12:1-2).
 

Le Dr Campegius Vitringa notamment, exégète hollandais du dix-huitième siècle, croyait que Moïse disposait de documents écrits. Il était arrivé à cette conclusion du fait que l'expression «ce sont ici les générations de» figure de nombreuses fois dans la Genèse . Sa conclusion est-elle juste?

Le terme "génération"

Notons d'abord que le terme «générations», utilisé dans beaucoup de traductions, n'est pas toujours l'équivalent du vocable hébreu thôledôth. Un autre terme biblique rendu par «générations» est le mot dôr, qui figure 125 fois dans les Ecritures hébraïques. Le vocable thôledôth serait souvent mieux rendu par les mots «histoire» ou «origine». Il est évident, par exemple, que dans Genèse 2: 4, où nous lisons dans la Bible de Darby et dans la Bible anglaise dite du Roi Jacques: «Ce sont ici les générations des cieux et de la terre», le terme générations ne convient pas, puisque les cieux et la terre ne procréent pas ni n'engendrent de descendance. C'est pourquoi la Bible Segond dit «origines», la Bible de Jérusalem «genèse», la Bible de Maredsous et la Bible de Crampon (1905)disent «histoire».

Le mot hébreu thôledôth figure environ quarante fois dans les Ecritures hébraïques et onze fois dans la Genèse, dans les passages suivants: Genèse 2:4; 5:1; 6:9; 10:1; 11: 10, 27; 25:12,19; 36:1,9; 37:2. Notons que ces 'histoires' ne sont pas nécessairement des histoires concernant les hommes dont les noms suivent l'expression «Voici l'histoire de...»; il s'agit plutôt d'histoires écrites par ces hommes ou de textes leur appartenant. Aucun nom n'est rattaché à la première de ces histoires, mais il se peut qu'Adam l'ait écrite puisqu'il était le premier homme et qu'il était en communication avec Dieu. Les autres histoires sont attribuées respectivement à Adam, Noé, les fils de Noé, Sem, Térach, Ismaël, Isaac, Esaü, les descendants d’Esaü et Jacob.

On pourrait se demander pourquoi une grande partie des sources originales de la Genèse est attribuée à des hommes comme Ismaël, tandis qu'aucune partie n'est attribuée à Abraham, homme de foi. Rappelons encore que les noms rattachés à ces documents ne sont pas nécessairement ceux des rédacteurs. Dans certains cas, ils indiquent simplement qui en était le possesseur. Un de ces documents relate la vie d'Abraham, et sans aucun doute le patriarche lui-même en avait fourni tous les détails à ses fils. Le document incorporé dans la Genèse est celui qui appartenait à Ismaël, premier-né d'Abraham. Il en est de même pour Adam qui semble t-il, au regard des écritures, s’est désintéressé de sa famille après son exclusion du jardin d’Eden. Un de ses fils, attaché à la promesse de Génèse 3:15, a dû compléter la rédaction du livre qu’Adam avait entamée. Il ne fait aucun doute que ces documents étaient également livrés à la postérité pour un éventuel héritage (ce point sera discuté ultérieurement).

Un autre fait intéressant, mais dont beaucoup de personnes ne se rendent pas compte, c'est que l'expression " l'histoire (ou les générations) de" figure en réalité à la fin plutôt qu'au début du document. C'est pourquoi nous lisons: «Telle fut la genèse des cieux et de la terre.» (Gen 2:4, Dhorme). Le passé du verbe indique que l'expression se rapporte à ce qui précède. De même Pratt, dans son ouvrage "Studies on the Book of Genesis" (Etudes sur le livre de la Genèse, 1906), écrit: «Certains exégètes sont d'avis que l'expression se rapporte à ce qui précède, c'est pourquoi [Felix Torres] Amat la traduit ainsi: 'Telles furent les origines des cieux et de la terre.» Rashi, le plus éminent exégète biblique du judaïsme de l'époque médiévale, était du même avis.

On remarque encore cet emploi du colophon à la fin d'un document dans le dernier verset du livre du Lévitique, ainsi conçu: «Tels sont les commandements que Yahwah donna à Moïse pour les enfants d'Israël, au mont Sinaî.» Le livre des Nombres se termine de façon analogue: «Telles sont les ordonnances que Yahwah donna par Moïse pour les enfants d'Israël.» (Lév. 27:34; Nomb. 36:13, Crampon 1905). Cet emploi du colophon était une coutume ancienne, comme le signale P.-J. Wiseman dans son livre "New Discoveries in Babylonia About Genesis" (Nouvelles découvertes en Babylonie concernant la Genèse).

Une autre caractéristique de ces histoires, qui est cause que certains exégètes ne se sont pas rendu compte qu'elles se terminent par un colophon, est que chacune d'elles commence par un mot de rappel repris de la fin du document précédent. C'est ainsi que le nom d'Adam figure vers la fin de son histoire et commence l'histoire suivante de Noé (Gen. 5: 1, 3). Le nom de Noé est le dernier mot de son histoire et le premier de l'histoire suivante de ses fils (Gen. 6: 9). Il en va de même des noms «Sem» (Gen. 11: 10), «Térach» (Gen. 11: 27) et d'autres encore. Cette coutume avait pour but de relier chaque document à celui qui le précédait afin de maintenir la cohérence du récit.

Peut-être que les documents originaux consistaient en tablettes d'argile transmises de père en fils. Dieu veilla à ce qu'elles fussent toutes conservées et que Moïse y eût accès. Les rédacteurs de ces histoires ou récits anciens n'étaient pas nécessairement inspirés, c'est pourquoi leurs noms ne figurent pas parmi les quelque trente-neuf rédacteurs de la Bible. Remarquons toutefois qu’en Genèse 4 :21-22 les hommes n’étaient pas aussi rudimentaires que l’on pourrait le penser.

De même que l'esprit de Dieu dirigeait Jérémie et Esdras dans leur compilation des livres des Chroniques et des Rois, Moïse fut inspiré par Dieu dans sa rédaction de la Genèse. L'esprit de Dieu, en effet, le dirigeait quant aux matériaux à incorporer dans ce livre et aux remarques à ajouter pour les compléter ou les rendre plus compréhensibles. Ces interpolations de Moïse expliquent les phrases qui semblent être des anachronismes comme, par exemple, les passages de l'histoire de Térach qui rapportent l'âge de Sem et d'autres personnes (qui lui survécurent) à leur mort (Gen 11:11-17,32). C'est ce qui explique aussi pourquoi nous rencontrons souvent dans la Genèse des expressions entre parenthèses donnant des noms géographiques ultérieurs comme «qui est Tsoar», «qui est Kadès», et ainsi de suite (Gen. 14: 2,3,7,15,17).

La onzième histoire se termine au second verset du trente-septième chapitre de la Genèse à une époque assez avancée dans la vie de Jacob. A partir de cet endroit, Moïse lui-même a dû rédiger le reste du livre de la Genèse, de même que le reste du Pentateuque. Sans doute avait-il reçu les données nécessaires, de Lévi, son arrière-grand-père par l'intermédiaire de son père Amram. Incontestablement, ces renseignements concernant les sources dont Moïse s'est servi pour rédiger la Genèse, augmentent notre foi dans l'authenticité de ce livre comme partie intégrante de la Parole divine de vérité.

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